Comment la scientologie tente d’influencer la législation française à son profit

Deux entités dépendantes de l’église de scientologie ont été condamnées par le Tribunal correctionnel de Paris à 600.000 euros d’amendes pour « escroquerie en bande organisée ».

Quatre de ses dirigeants ont également condamnés à des peines de prison avec sursis ainsi qu’à des amendes. Ce jugement fait suite à des plaintes déposées par d’anciens adeptes. L’église de la scientologie a annoncé son intention de faire appel de ce jugement.

La dissolution de ces deux associations, requise par le parquet, n’a pu être prononcée en raison d’une modification de la loi en mai dernier. Jean-Luc Warsmann, député UMP des Ardennes, rapporteur de la loi en question avait introduit cet amendement, est d’ailleurs bien discret sur le pataquès qui a suivi. Même si le Sénat est revenu par la suite sur cet aspect, les associations mises en cause ne pouvaient être dissoutes.

Inquiétudes

C’est la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les sectes, Miviludes, qui a alerté sur cette question. Présidée par Georges Fenech, Miviludes souffre d’un manque de moyens pour mener son action. La police n’est pas mieux lotie rappelait le Canard Enchaîné dans son édition du 28 octobre 2009 puisque les moyens humains de la police sur cette question ont été considérablement diminués.

L’église de la scientologie figurait sur le rapport parlementaire sur les sectes de 1995, consultable ici. Ce rapport dressait avec beaucoup de précisions l’état du développement des sectes en France. Toute la difficulté tenait, selon le rapport, à définir même le concept de sectes. Il avait été retenu les critères suivants :

– la déstabilisation mentale ;

– le caractère exorbitant des exigences financières ;

– la rupture induite avec l’environnement d’origine ;

– les atteintes à l’intégrité physique ;

– l’embrigadement des enfants ;

– le discours plus ou moins anti-social;

– les troubles à l’ordre public ;

– l’importance des démêlés judiciaires ;

– l’éventuel détournement des circuits économiques traditionnels ;

– les tentatives d’infiltration des pouvoirs publics.

Tout l’enjeu pour les sectes est de changer de catégorie pour devenir une religion, avec la connotation plus positive qui y est associée. C’est l’objet de l’ensemble des actions de la scientologie en particulier en France, considérée comme le pays le plus résistant à son expansion.

Pour ce faire, les adeptes de Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, agissent tel un lobby. Au cours de la polémique suivant la modification de la loi évoquée plus haut, Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, soupçonnait « qu’un lobbying avait dû être exercé ». Levons quelques uns de ces soupçons.

Un panel d’actions de lobbying

A Bruxelles, on pouvait l’an dernier trouver portes-ouvertes au bureau européen des droits de l’homme. Cette association célébrait à sa manière le 60ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme en distribuant le texte à qui le voulait. Cette structure est le bureau de lobbying à Bruxelles, à quelques pas du parlement européen, de l’église de la scientologie qui en finance le fonctionnement. L’idée ? Mieux approcher les parlementaires pour leur prêcher la bonne parole.

En France, l’église de la scientologie parle assez peu dans les médias. Quand elle le fait, elle a l’occasion de pouvoir le regretter comme dans ces deux reportages diffusés sur M6.

Son action est moins médiatique sauf quand Tom Cruise effectue une tournée en Europe en 2004 pour vanter les mérites de ses films et de son église, et par là populariser son action.

Claude Guéant, actuel secrétaire général de l’Elysée, indique d’ailleurs que les pressions exercées par l’église de scientologie pour que se relâchent la surveillance à son encontre ont été suivies d’effet puisque pour lui « l’église de la scientologie ne représente pas un danger patent ». (Aux environs de 3’20’’ du document vidéo ci-dessous)

L’église de scientologie préfère l’ombre à la lumière. Pouf, pouf. Ainsi, elle a mandaté le cabinet de lobbying Mitchell pour intervenir auprès des parlementaires américains afin qu’ils interviennent auprès de leurs collègues français. On peut lire le document ci-dessous et dans son intégralité ici (lire surtout la page 4). La valeur de coup de main ? 40.000 euros. (Document découvert grâce à ce site)

mitchellfirmlobbyingrec

L’église de la scientologie n’est pas avare quand il s’agit de recourir au cabinet Mitchell. Selon le site américain Center for Responsive politics, Mitchell aurait facturé pour 540.000 dollars ces six dernières années pour des campagnes d’influence auprès du congrès américain. Cela fait quelques livres à vendre pour rentrer dans ses frais.

Quand elle n’arrive pas à ses fins par la voie parlementaire, la scientologie participe à couper les têtes. Comme celle d’Arnaud Palisson, policier, spécialiste de la scientologie, à laquelle il a consacré une thèse soutenue en 2002.

Par ailleurs, elle distribue, via des faux-nez, de nombreuses publications à destination des enseignants, des médecins… et dispose de campagnes de communication segmentées en fonction du public visé.

Reste que malgré ces pressions, la France résiste aux tentatives de la scientologie qui aux Etats-Unis souffre également. Un cinéaste de renom, Paul Haggis, vient de quitter « l’église » avec fracas.

Et l’un de ses dirigeants vante Xenu, seigneur qui aurait régné sur la confédération intergalactique il y a 75 millions d’années. A vos souhaits.

Le lobbying de la Scientologie – Le Figaro
L’analyse de Renaud Leblond, auteur du livre « Le pouvoir des sectes »

Dessin d’illustration : Mix et Remix

Commentaires

  1. Tikehau dit :

    Le titre de votre article est trompeur : la scientologie ne tente pasd’influencer la législation française à son profit, elle fait rédiger la législation française à son profit.
    Le cas est flagrant dans le procès devant provoquer la dissolution de l’Eglise, dissolution requise par le parquet de Paris et qui a été rendue impossible par une modification législative opportune : suppression de la peine de dissolution d’une personne morale en matière d’escroquerie, votée le 12 mai 2009 une «erreur matérielle» qui serait «corrigée dès que possible» dixit Michèle Alliot-Marie le 15/09/2009. La loi peut être votée par erreur ? de qui se moque-t-on !
    Pour preuve de l’absence d’erreur, William C. Walsh, l’avocat américain des scientologues, explique à un journaliste du Wall Street Journal qui prépare un article sur les déboires judiciaires de l’Église de scientologie en France qu’une modification du Code pénal a rendu impossible la dissolution (extrait d’un e-mail daté du 8 juillet 2009) source : Article lepoint.fr