Grippe A. Les liaisons dangereuses de la République avec les lobbies pharmaceutiques

Maj. 07/01/10. Roselyne Bachelot, ministre de la santé, vient d’annoncer la décision de l’Etat de résilier 50 millions de vaccins en commande et non-livrés pour un montant estimé de 350 millions d’euros. Les négociations sont en cours avec les laboratoires (Maj 23/03/2010, elles ont abouti avec des frais de dédit pour l’Etat de 48 millions d’euros) pour les modalités de l’opération budgétaire, annoncée  à la télévision avant d’être officialisée auprès des labos eux-mêmes, ce qui montre que l’Etat est en position de faiblesse pour négocier. Par ailleurs, les médecins généralistes pourront également vacciner les français qui le désirent, contrairement à ce que le ministère avait décidé jusqu’à la fin de l’année dernière. C’est finalement tout un dispositif qui s’écroule victime d’une surenchère médiatique qui a fait d’une question sanitaire une thématique politique en apparence porteuse mais qui s’avère être un piège, qui repose la question du principe de précaution, victime aussi d’une inorganisation des centres de vaccination qui pose la question de savoir si l’Etat est vraiment préparé à des catastrophes majeures potentielles, et victime aussi des lobbies pharmaceutiques, qui ont réussi à vendre leurs produits dans un contexte médiatique, l’été et son emballement pour la maladie jugée alors « très mortelle », et les médecins qui arrivent au final à leurs fins.

L’article qui suit a été publié en novembre 2009.

C’est parti. La vaccination généralisée pour les six millions de français prioritaires va commencer la semaine prochaine en France. Après les professions médicales, qui ont boudé la vaccination qui leur était proposée, voici venu le temps de la vaccination de la population, pour l’heure, semble-t-il peu inquiète face au risque de la grippe A dans notre pays. Ces dernières semaines, les regards se sont portés sur les liens entre les pouvoirs publics et les laboratoires pharmarceutiques. Ces derniers voient leur activité dépendantes de deux aspects en France, un le niveau de remboursement de leurs médicaments, et deux, du niveau de demande (prescrite par les médecins, par les pharmaciens, conseillé par les médias) de la part des consommateurs. Alors vraie pandémie ou pandémie de la peur, indécente dit Marc Gentilini, le président de la Croix-Rouge, l’avenir le dire, en attendant les labos pharmaceutiques ne sont pas les derniers à avoir cherché à user de leur influence.

Ainsi, le groupe d’expertise et d’information sur la grippe (GEIG), association présidée par Bruno Lina, voit son budget financé par les cinq laboratoires qui proposent des vaccins anti-grippe sur le territoire français : Sanofi Pasteur MSD, GSK, Pierre Fabre, Solvay et Novartis Vaccines). Sanofi prend en charge la moitié du budget de 400.000 euros comme le rappelait Bertrand Verwee, le directeur marketing de Sanofi-Pasteur-MSD dans les colonnes du Parisien-Aujourd’hui en France.

Montre-moi ton Geig et je te dirais qui tu es

Sur son site internet, l’association prévient : « Le GEIG et le Conseil Scientifique du GEIG ne conseillent et/ou ne recommandent en aucun cas les autorités sanitaires, le gouvernement ou le Ministère de la Santé en matière de vaccination contre la grippe ». Voire. Son président, Bruno Lina, cumule les fonctions. Il est ainsi professeur de médecine, président du Geig on l’a dit, mais aussi expert de référence auprès du ministère de la santé sur la question de la grippe. Si l’on peut comprendre que Bruno Lina soit un expert reconnu sur les questions grippales, et donc très demandé, rien ne le forçait à accepter l’ensemble de ses sollicitations au risque d’ajouter à la suspicion sur la question des liens entre les laboratoires pharmaceutiques et les experts. Une situation dénoncée par Dominique Dupagne sur son blog.

La loi de 2002 sur l’information médicale oblige les médecins à informer les autorités de leurs liens avec les laboratoires pharmaceutiques. Ce qui est rarement réalisé comme le note l’UFC Que Choisir.

Commander des vaccins ou ne pas commander, telle est la question

Une suspicion alimentée également par la difficulté d’obtenir les informations relatives aux contrats passés par l’Etat avec les laboratoires pharmaceutiques. Retour en arrière. Nous sommes avant l’été. La grippe A bat son plein. On parle de pandémie. Le monde est en alerte. Dans le contexte particulier de la France qui n’a pas oublié l’impréparation de nos organisations lors de la canicule de 2003, le ministère de la santé prend le sujet à bras le corps. Rien n’est trop beau pour la population française. On commande des millions de masques, des millions de vaccins, 94 millions au total. L’Etat négocie peu le prix car il veut être d’abord être livré, ce qui n’est pas certain car tous les pays commencent à demander en même temps les vaccins nécessaires à la protection de leur population. Aux Etats-Unis, Barack Obama qui a laissé filer cette question fait actuellement les frais de l’inquiétude de ses concitoyens.

Selon Rue89, les doses commandées par Paris représentent 10% des commandes de vaccins à travers le monde, pour une population française qui représente environ 1% de la population mondiale.

Finalement les vaccins arrivent fin octobre. Entre-temps, l’OMS recommande une seule vaccination, quand l’Europe en recommande deux, et préfère le vaccin de Baxter aux autres. Bref, une chienne n’y retrouverait pas ses chiots. Et ces confusions à répétition, ajoutées à l’arrivée d’une pandémie qui prend du tard et ne semble pas plus dangereuse que la grippe saisonnière (3.000 morts par an dans l’indifférence médiatique et générale), rendent les français au mieux indifférents, au pire méfiants. Cette généralisation de la méfiance à l’égard du discours des autorités est d’ailleurs problématique dans le cadre des discours sanitaires sur les risques car cela pré-suppose que le discours des autorités est d’abord empreint d’intérêts politiques alors que cette donnée, si elle est présente, n’est pas le point essentiel.

Reconduite à la frontière des grippes étrangères

L’Etat se trouve donc avec des français qui majoritairement ne considèrent pas cette vaccination comme une priorité, d’autant que la vaccination contre la grippe saisonnière a également débuté, qu’un laps de temps doit séparer les deux injections, et que la gravité de la pandémie de grippe A reste à démontrer. Quand bien même nous parle-t-on de la grippe espagnole de 1919 et ses 20 millions de morts, « plus que la Première guerre mondiale », et les épidémies successives de grippe asiatique et hong-kongaise de, respectivement, 1957 et 1968 (Notez que les grippes ont toujours une consonance étrangère ou animale, il existe très peu de grippe auvergnate par exemple). Malgré cette défiance, 94 millions de doses de vaccins lui sont livrés et que faire sinon les utiliser ?

« Embrasse-moi idiot et j’oublierais tes défauts »

Reste que cette pandémie, dont on peut souhaiter qu’elle restera soit virtuelle soit bénigne, a au moins eu le mérite de faire réfléchir les français sur leur hygiène notamment celle des mains. Jamais on aura vendu en France autant de solutions hydro-alccoliques ni parlé de la nécessité de se laver les mains régulièrement au cours d’une journée.

Cadeau bonus 1.

Chiffre d’affaires réalisé par les laboratoires en France sur la grippe A

Labo. Prix de la dose. Nombre de doses commandées. Montant du Chiffre d’affaires en millions d’euros

Sanofi-Pasteur. 6,25. 27 (+27 en option). 168.75

GlaxoSmithKline. 7. 50. 350.

Novartis. 9,34. 16 (+8 en option). 149,44.

Baxter. 10. 0.05. 0,5.

A noter que l’Etat avait annoncé pré-commander 36 millions de doses dont on ne sait pas si elles donneront lieu à commande effective ou à annulation et avec quelles indemnités. 10 % des doses commandées par l’Etat français devrait être envoyées aux pays en voie de développement selon des modalités non-communiquées.

Au niveau mondial, Glaxo a reçu des commandes de 440 millions de vaccins soit au prix français 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires sur l’année 2010. Pas étonnant dans ces circonstances que le cours de l’action Glaxo augmente de 8,7% depuis le 1er janvier 2009.

Cadeau bonus 2. Action discrète, discrète

http://www.youtube.com/watch?v=6h8Vzos8ooM

Commentaires

  1. POTIER dit :

    A cette vidéo présentée par une fumeuse « Personocratia »

    http://www.dailymotion.com/video/x9sfeh_grippe-porcine-usa-1976-arnaque_news

    Il serait préférable de lui substituer cette vidéo qui présente le documentaire CBS sans commentaire ‘scientiste ».

    http://www.dailymotion.com/video/x9savx_grippe-porcine-de-1976-cbs-1979_news

    En effet, dans la vidéo que vous avez mise en ligne une femme y dénonce en bloc le principe de vaccination. Or contrairement à ce qu’elle prétend, la vaccination est un procédé thérapeutique qui est indispensable à l’humanité pour se protéger des maladies virales dangereuses voire mortelles. C’est même le seul moyen qui permette de les combattre. La tuberculose ou la variole sont vaincues avec succès grâce à la vaccination et la vaccination a sauvé beaucoup de vies.

    La variole était une maladie infectieuse hautement contagieuse, souvent mortelle, due à un orthopoxvirus. Elle est caractérisée par une fièvre bi-phasique, une éruption caractéristique au niveau de la peau. La vaccination a réussi à éradiquer la variole dans le monde. (Dorland, 28ème éd.)

    Ce sont les conditions dans lesquelles sont faites les vaccinations qui posent le plus souvent problème. Les exemples qu’elle prend, montrent que l’on ne peut pas vacciner des populations sans précaution sanitaire et sans une solide formation concernant les épidémies.

    Les échecs dont elle parle sont dus pour l’essentiel à des campagnes de vaccination faites par des ONG non préparées qui vaccinent dans de mauvaises conditions sanitaires ou sans prendre les précautions de conservation des vaccins (ceux-ci étant extrêmement fragiles). Il faut donc allouer des moyens suffisants et les ONG sont démunies. Les gouvernements doivent donc prendre leur responsabilité pour faire que les campagnes de vaccination soient efficaces. (Au lieu de préparer des guerres ;->).

    Par ailleurs, la course aux profits relancée récemment entre les laboratoires fragilise la production de produits pharmaceutiques innovants et fiables. La course à la mise sur le marché de nouveaux produits pharmaceutiques est peu adapté à la sécurité sanitaire et à la recherche.

    Le virus de la grippe est l’un des produits les plus intéressants financièrement car les laboratoires courent après la variabilité d’un virus facétieux bien qu’il n’a pas été démontré que, contre la grippe, la vaccination systématique ait un intérêt quelconque, sauf pour le cours de la bourse. (95 millions de doses de vaccin de la grippe A pour la France)

    On peut rappeler que pour qu’un vaccin soit efficace, il faut que le virus soit stable afin que les anticorps puissent se souvenir. Pour la grippe c’est tout le contraire. Protéger de la grippe par vaccin est donc une sacrée gageure et sa fabrication ne peut être utile que dans le cas d’une recherche de protection de personnes particulièrement fragiles et ne pouvant supporter ni fièvr, ni complications bactériennes

    Le problème aujourd’hui est que l’OMS est de plus en plus noyautée par les lobbies des industries pharmaceutiques et que sa stratégie devient problématique devant ce qu’il conviendrait de décider rationnellement pour la santé humaine. (paludisme, cancer, sida, grippe …). Sa position concernant la vaccination systématique contre la grippe est révélatrice.

    En un mot, je suis très circonspect, c’est le moins que je puisse dire, concernant les propos et les actions de cette personne qui met en cause l’intérêt vital de la vaccination alors que le sujet est tout autre.

    C’est la raison je vous demande à ce que la nouvelle vidéo du documentaire CBS soit mise en place dans votre article afin de l’expurger de tels propos qui, je pense, ne reflètent ni votre pensée ni votre combat.

  2. admin dit :

    Bonsoir
    merci de cette précision. Effectivement, l’idée n’est pas de laisser place à la suspicion sur l’intérêt de la vaccination en général, voire même dans le cas de la grippe A, mais de signifier que la gestion de la communication sur la grippe A laisse à désirer et entraîne des doutes là où il aurait dû avoir de la réassurance sur un sujet qui touche et inquiète les français.
    La vidéo est donc remplacée dans le texte actuellement en ligne.

    MC

  3. […] Un mois plus tard, donc direction l’autre sens. Ces tergiversations entraînent un doute au sein de la population qui, dans la relation hippocratique qui caractérise la relation médecin-malade, une confiance face à une conscience et malgré les liens, via les visiteurs médiaux, qui les unissent bon gré, mal gré, avec les laboratoires pharmaceutiques. […]