Thank you for smoking, de Christopher Buckley

Les lobbies ça lui connaît. Pendant une période, dans les années 80, Christopher Buckley a écrit les discours de George Bush père. C’est peut-être là-bas, à la Maison blanche, qu’il a développé son sens de l’humour. Dans Thank you for smoking, il met aux prises un porte-parole de l’industrie du tabac, Nick Naylor, face aux opposants du tabac. Passons sur l’intrigue en tant que telle, Nick est enlevé, retrouve quasi-mort recouvert de patchs anti-nicotine et on se demande jusqu’à la fin qui a fait le coup, passons aussi sur les multiples conquêtes que Nick, fumeur mais qui s’entretient, parvient à mettre en boîte, et intéressons-nous à la présentation des lobbies.

Le livre a donné un film dont vous trouverez ci-dessous un extrait.

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Quelles sont les techniques utilisées par Nick pour contrer ses adversaires, les anti-tabac :

–          Présenter la science comme incertaine par essence

–          Participer à l’ensemble des manifestations organisées par les anti-tabac pour répondre de manière calme à l’ensemble des arguments et terminer ses phrases par : « Nous sommes aussi une partie de la solution ».

–          Financer un fonds de promotion pour la lutte anti-tabac chez les jeunes afin de se donner bonne conscience

–          Dans le même temps, tout faire pour qu’un film de Science Fiction, promis à un bel avenir commercial, mette en scène les deux acteurs principaux en train de filmer, comme la dernière liberté possible dans l’espace. Quitte à sortir son carnet de chèques.

–          Accepter toutes les invitations des journalistes, d’Oprah à Larry King

–          Proposer des contre-études médicales, faites maison, à propos de toutes les études médicales prouvant la dangerosité du tabac

–          Corrompre un ancien héros publicitaire du tabac afin qu’il cesse son combat contre l’industrie.

–          Se réunir avec d’autres collègues lobbyistes pour former la brigade MDM, littéralement Marchands de Mort. A savoir, Bobby Jay, qui travaille pour Safety, une organisation chargée de défendre le droit à posséder une arme à feu et à l’utiliser, et Polly Bailey, porte-parole du Conseil de modération, anciennement association nationale des boissons alcoolisées. Tandis que Nick travaille pour l’Académie des études sur le tabac. S’échanger tuyaux et bons conseils, et se disputer pour savoir qui tue le plus de personne.

La force du bouquin de Buckley, c’est que la vague de l’intrigue nous porte à en savoir plus, et dans le même temps, la précision des descriptions des modalités du lobbying nous laisse à penser que par moments on est plus proche de l’essai que du roman. Empreinte d’humour, l’histoire de Nick Naylor nous montre un homme qui « fait le job », sans états d’âmes, avec une forme de cynisme viril, qui l’amène à ne plus s’interroger sur le sens de ce qu’il entreprend.

On retrouve cette même ambiance dans un autre livre de l’auteur, paru en poche récemment, Départs Anticipés. De manière farfelue, une jeune femme émet l’idée d’un transitionnement volontaire, sorte d’euthanasie décidée à l’avance, pour les personnes âgées afin de résoudre le problème des retraites. C’est le point de départ pour une grande campagne de lobbying et qui constitue ensuite la trame du livre.

En vente sur le site de la librairie Dialogues

Cadeau bonus. Un extrait de la série Mad Men

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Commentaires

  1. […] Ce billet était mentionné sur Twitter par Lobby, Benoit Dupont. Benoit Dupont a dit: RT @Lobbycratie: "Thank you for smoking", le film tiré du livre de Buckley ce soir sur France 4 http://is.gd/cw2wj [A voir, un must!] […]

  2. PrometheeFeu dit :

    C’est un film exceptionnel, je le recommande vivement. Je ne connais pas vraiment le monde des lobbies, mais ce que dit Nick Naylor à son fils est caractéristique du débat publique. Vous ne pourrez jamais convaincre la personne en face de vous dans un débat publique. En général, c’est une personne qui a une idée bien arrêtée sur la question et de toute façon se faire convaincre devant tout le monde reviendrait à perdre la face. C’est l’audience qu’il faut convaincre, et pour cela, il n’est pas nécessaire d’apporter une véritable réponse à la question du débat il suffit de faire passer l’autre pour le méchant ou l’idiot. Pour un bon exemple dans la vrai vie, le fameux « There you go again » de Reagan à Carter avait complètement détruit Carter sans apporter la moindre réponse au fond de ce que disait Carter.