Une marée de problèmes pour BP

On sait la compagnie pétrolière engluée dans la marée noire du golfe du Mexique. Le pétrole qui s’échappe de la plate-forme de BP touche les somptueux bayous de Louisiane dont l’importance économique, environnementale et écologique, ils protègent les villes en atténuant la force des ouragans et en limitant les inondations sans parler de la biodiversité. Et les experts de la compagnie américaine peinent à trouver des solutions satisfaisantes.

Sans que l’on puisse s’en réjouir, et malgré la puissance de leurs moyens, les Américains ont dû se rendre à l’évidence qu’ils ne pouvaient pas, de manière satisfaisante, affronter cette marée noire sans précédents… au moins dans cette région du monde.

Le sujet est devenu si politique aux Etats-Unis que le président Obama joue en partie sa crédibilité dans cet état, et à l’approche des élections de mi-mandat, généralement défavorables au pouvoir en place. Une défaite importante des démocrates lors de ce scrutin pourrait gêner la fin de son mandat.

Néanmoins, outre les habitants, la principale victime est sans contexte BP. Après avoir tenté, vainement et de manière pitoyable, tenter de faire croire qu’elle n’était pas directement responsable de la catastrophe, la firme pétrolière va de mal en pis. Sa capitalisation boursière, malgré une remontée ces dernière semaines, a fondu comme neige au soleil. 90 milliards de dollars de moins depuis décembre dernier. L’entreprise doit accélérer son programme de vente d’actifs dans le but d’alimenter le fonds de 20 milliards de dollars promis pour la réparation des préjudices.

Afin de préserver son influence et engager la bataille de l’opinion publique, BP est membre d’un grand nombre d’organisations. On pourra en retrouver la liste sur le site Corporatewatch. Dont le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), association de 200 entreprises multinationals attachées au “dévelopepement durable” et « au progrès de l’humanité ». On retrouve à ses côtés, au sein de cette organisation, les entreprises françaises Alstom , AREVA, Dassault Systèmes S.A., EDF Group, GDFSuez, Havas, L’Oréal, Lafarge, Michelin, Schneider Electric et Veolia Environnement.

Comme cela ne peut suffire, la firme investit dans l’influence politique. En 2009, BP a dépensé 15,9 millions de dollars en actions de lobbying auprès des parlementaires américains. Un niveau équivalent à celui de Boeing, mais beaucoup moins qu’Exxon par exemple, 27 millions de dollars. Les dépenses de lobbying semblent par ailleurs d’accélérer depuis la marée noire par rapport au début de l’année, selon cet article de Business Week. Auprès de la Commission européenne, en 2008, BP consacrait entre 400 et 450.000 euros en actions de lobbying.

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Initiales BP

Passons de l’autre côté de l’Atlantique. Si les multinationales n’ont pas de nationalité, elles ont des origines. Et les origines de BP sont anglaises. Jusqu’en 2002, les deux lettres signifiaient British Petroleum. L’absorption d’Amoco, bien connue des Bretons, et la volonté de se projeter vers l’avenir font que la société délaisse la signification de l’acronyme pour devenir BP. Il n’en reste pas moins qu’en Angleterre, à l’instar de Total en France, BP appartient, symboliquement au patrimoine national. En mer du nord, l’exploitation du gaz et du pétrole a valu au pays une prospérité importante, en tout cas l’amortissement de chocs économiques importants, et nombre de fonds de pension anglais placent l’argent de leurs actionnaires dans cette entreprise.

Or, les tentatives de l’administration Obama de faire payer une note salée à BP, n’ont pas l’heur de plaire à ces retraités britanniques dont les retraites dépendent en partie à la fois de la valeur boursière de l’entreprise et des dividendes qu’elle est capable de leur servir. En ce sens, la visite du Premier ministre britannique, David Cameron aux Etats-Unis est primordiale. Ils en espèrent une pression diplomatique ferme pour tenter de calmer les ardeurs américaines. BP aussi. Ce n’est pas la première fois que la compagne anglaise tente d’influencer la diplomatie anglaise.

Comme l’indique le quotidien le Figaro dans cet article, « L’affaire a rebondi après la marée noire, des articles de presse ayant raconté comment BP avait fait du lobbying auprès du gouvernement britannique pour accélérer la libération de Megrahi, afin de favoriser des négociations de contrats pétroliers avec la Libye. BP nie cette interprétation des faits, mais reconnaît avoir insisté auprès du gouvernement travailliste en 2007 sur l’importance de la signature d’accords de transferts de détenus entre la Grande-Bretagne et la Libye. La nuance utilisée par BP paraît spécieuse, car le cas d’Abdelbasset Megrahi était à l’époque le seul qui importait pour la Libye ». Une information démentie par la suite par David Cameron.

BP est également un important annonceur dans les médias. Ou en s’associant avec des événements humanitaires comme le Téléthon en France. L’entreprise utilise également le greenwashing. Elle est néanmoins passée totalement à côté de sa communication de crise, aux dires des experts.

En France aussi, on sait que le pétrole est une affaire nationale. On l’a vu lors des fusions successives avec Elf et Petrofina. On le voit à chaque fois que Total tente de fermer une usine, ou publie des résultats financiers importants. On le voit aussi dans les liens tenus que l’entreprise tisse avec des responsables politiques. Comme Bernard Kouchner, actuel ministre des Affaires étrangères de notre pays, à qui Total avait commandé un rapport sur la Birmanie. Cela a entraîné un grand nombre de polémiques. Cette histoire, et bien d’autres, sont relatées dans un livre « Total(e) impunité », de Jean-Philippe Demont-Pierot, paru chez Respublica Editeur.

Logo d’illustration : Greenpeace

Cadeau bonus.
La catastrophe a donné lieu à un résumé vidéo, humoristique, sur la gestion de la catastrophe par BP.