Télécommunications. It’s a Free World

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Aujourd’hui, nous sommes au jour 1 de l’an zéro après FM (pour Free mobile), et une question se pose. La presse écrite est-elle vraiment en crise ? On pourrait en douter à en juger l’accueil réservé au lancement des offres de téléphonie mobile par le nouvel entrant sur ce marché en l’occurrence Gratuit, pardon, Free.

Nombreux sont ceux qui démontrent le bas niveau des prix proposés, peu rappellent que le site a passé la journée du mardi 10 janvier en carafe, et l’est semble-t-il en ce mercredi 11 janvier à l’heure où j’écris ces lignes.

Le nouvel opérateur devrait dépasser largement ses premières estimations commerciales et réaliser une entrée fracassante sur le marché à la condition expresse que les premières livraisons de cartes Sim et téléphone se déroulent correctement en évitant l’anarchie et le bad buzz. On peut en effet périr par là où l’on a pêché.

Durant la conférence de presse, le trublion Xavier Niel a pu rappeler le chemin de croix parcouru par sa firme pour en arriver là.
Dans un style décalé, la vidéo, composée d’images de vieux films en noir et blanc, rappelle les oppositions de “la bande des trois” à l’entrée d’un nouveau concurrent dans le marché très lucratif de la téléphonie mobile, véritables machines à cash, en raison de tarifs élevés et d’une baisse du prix des équipements (stations relais, antennes….).

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On se souvient que Free est un spécialiste des publicités mordantes.
Des détournements ont également lieu, en marge de l’entreprise.
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Cela tape dur et cela tape où cela fait mal.

Condamnés pour entente illégale, Orange, Sfr et Bouygyes n’ont eu de cesse de combattre pour retarder le plus possible l’arrivée de Free dans la téléphonie mobile. En multipliant les recours juridiques, et les chausses-trappes, “la bande des trois” a retardé de deux ans au moins l’entrée de Free sur le marché. Deux ans de chiffre d’affaires supplémentaires, deux ans de marge également. Un combat qui en valait la chandelle.


Le Nouvel Observateur, propriété de Claude Perdriel, et « ami » de Xavier Niel (qui a lui-même beaucoup investi dans la presse), indique ceci dans un récent article : “Martin Bouygues, ami intime du président, expliquait dans tout Paris qu’il était idiot de vouloir « détruire de la valeur », et que la conséquence en serait des licenciements chez les opérateurs. Même Alcatel- Lucent, le grand industriel français des télécoms, s’était rangé dans le camp du non à la demande de ses clients (mais s’est fait pardonner depuis par Niel !). Pas si bêtes, tous les autres constructeurs, à commencer par Nokia (qui a eu les contrats !) et Ericsson, ont soutenu la création d’un quatrième réseau, et donc d’un nouveau client.” Car on imagine mal l’intense lobbying qui a précédé l’annonce des tarifs de Free et la déréglementation qui en est responsable. Ce travail de Titan, des deux côtés, pour faire pencher la balance du côté défendu.

Au final, la décision prise revient à quelques personnes remerciées par Xavier Niel dans son allocution : François Fillon, François Pérol, Stéphane Richard.

Pantoufleur pantouflé

C’est amusant la mention de ces noms. François Fillon, tout le monde connaît, il est Premier ministre en place, geek devant l’éternel, et a signé les autorisations… François Pérol, est lui patron du groupe Caisse d’Epargne Banque Populaire. Il a quitté le service de l’Etat pour diriger ce regroupement bancaire. Si Xavier Niel le remercie c’est qu’il était secrétaire général adjoint de l’Elysée entre 2007 et 2009. Quant à Stéphane Richard, actuel P-DG d’Orange, ce qui est cocasse, durant cette même période, il était le directeur de cabinet de Christine Lagarde. Les remerciements de Xavier Niel montrent par rétrospective que le législateur d’hier peut devenir le concurrent de demain. On appelle cela le pantouflage. Est-il possible de le réglementer ? Faut-il le réglementer ? Si oui, comment ? Autant de questions qui mériteraient un débat public.


Par ailleurs, deux considérations toutes personnelles et un peu en dehors du champ du lobbying.

A longueur d’articles de presse, Xavier Niel est comparé à Steve Jobs. On parle de “Steve Jobs à la française”. Je l’ai lu au moins dix fois dans les articles consacrés à  cette histoire, sur le site de France 24, ou dans un article d’Ouest-France hier encore. Sans faire injure à Xavier Niel, comparaison n’est pas raison. Regardons.

Xavier Niel ce mardi.

Steve Jobs.

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Et pour la rigolade, Steve Ballmer.

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Les styles sont passablement différents. Epuré chez Jobs, il est brouillon chez Niel, chemise dépenaillée, dont on voit qu’il se réfère souvent au prompteur situé sur sa droite. Xavier Niel est un homme de marketing. Steve Jobs un inventeur, ce qui n’empêche d’avoir envie de satisfaire des clients. Accessoirement, Xavier Niel est vivant, tandis que Steve Jobs est mort. Personnellement, je souhaite à Xavier Niel d’être Xavier Niel. On est jamais aussi heureux que quand on est soi-même.

Laissons le passé au passé, et la bêtise à Nadine Morano

Secundo, à chaque fois que l’on parle de Xavier Niel, on évoque son “passé sulfureux”. Niel a commencé sa vie professionnelle en éditant des sites érotiques sur le minitel. Il a également été condamné à une peine de prison avec sursis dans une histoire en lien avec cela nous rappellent à de multiples reprises la presse. Soit. Mais quand on a payé sa dette, elle est supposée être effacée, non ? Ou alors la traîne-t-on toute sa vie comme le boulet attaché aux pieds des bagnards d’antan. C’est étrange je trouve. Je rapproche cela des messages de Nadine Morano sur la mère de Sophia Aram, humoriste sur France Inter le matin. Les deux femmes se sont fortement opposées sur la radio publique. Sophia Aram condamnant de manière piquante le côté Sarkogirl de Nadine Morano, cette dernière ne s’en laissant pas compter. Parce qu’elle a la rancune tenace, la ministre Morano lançait sur son compte Twitter une nouvelle polémique rappelant que la mère de Sophia Aram avait été condamnée pour une histoire judiciaire il y a quelques temps.

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Je ne crois pas qu’un enfant ait à payer pour ses parents, ni que l’inverse soit vrai. Ce procédé est honteux, le twitt a d’ailleurs été très vite effacé nous dit Arrêt sur Image. N’empêche. Une femme a été condamnée, elle a accepté cette condamnation. Fin de l’histoire. Et en aucun cas, les enfants de cette femme ne peuvent être tenus responsables du comportement qui l’a induit en erreur.

Cela est symptomatique d’une société ou d’une cour politique, cela fonctionne aussi à gauche, où la médisance est reine. Que les personnes qui utilisent ces méthodes viles et basses se qualifient d’élite ne peut que laisser dépité.

 

Je devais m’arrêter à secundo, mais comme j’ai fait du latin à l’école, je pousse jusqu’au tertio.

Tertio donc. Résumons. Une société commerciale propose des tarifs abaissés face à un oligopole d’acteurs tout en affirmant qu’elle gagnera de l’argent et la France entière, sauf le journal de TF1 applaudit (il faut lire sur les réseaux sociaux ce qu’ont pris dans les dents les community managers de Sfr, Orange et Bouygues, c’est d’une violence verbale inouïe). Cela porte un autre nom, la concurrence. C’est l’essence même du libéralisme. Une société ouverte où de nouveaux acteurs viennent apporter leurs nouvelles méthodes par l’innovation technique, managériale, commerciale et en font bénéficier le consommateur. L’arrivée de Free montre que notre population se réjouit d’une plus grande concurrence, permise grâce à un état par une fonction régalienne essentielle de réglementation. A mon sens, c’est cela la véritable révolution du 10 janvier, et ce n’est pas la moindre des bonnes nouvelles.

Mikaël Cabon

http://www.dailymotion.com/video/x419v7

Commentaires

  1. Titi dit :

    Faire reference a une condamnation d’un supposé cartel et demander l’oubli de celle de Xavier Niel me parait surprenant, c’est comme la régulation, contraire au principe de l’égalité.

    La conclusion sur la concurrence est vite expediée : le marché est régulé, de gros cadeaux financiers sont accordes aux nouveaux entrants et des conventions sont remises en cause (l’absence de roaming 3G obtenue sous une pression politique)

    On arrive donc a penetrer un marché avec une idee et en s’affranchissant de nombreuses contraintes notamment structurelles, de personnel.

    Ce n’est pas de la concurrence, c’est un marché planifié qui entraine des effets pervers dont le desengagement des investisseurs.

    La pauperisation portee par le low-cost et la demagogie est en marche.