Industries numériques. Sopa et Pipa sont dans un bateau, Megaupload tombe à l’eau…

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Sopa pour Stop Online Piracy Act et Pipa pour Protect Intellectual Property Act sont deux lois en débat actuellement en débat au parlement américain (Chambre des représentants et Sénat). Elles représentant l’équivalent renforcé de l’Hadopi à la française. Selon les observateurs du secteur, leur chance de se passer le stade du projet semblent minimes. Selon le journal Le Monde, “La liste des soutiens à PIPA et SOPA s’est réduite. Les grandes maisons de disques et les studios hollywoodiens soutiennent ces projets. D’autres acteurs importants, comme Goddady, spécialisé dans l’achat de noms de domaine, a fait volte-face après une brève mais intense campagne de boycott.” On se rappelle que telles mobilisations, à un degré moindre, avait déjà eu lieu dans le cadre de l’ACTA.

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La modification de la situation provient en partie par le black-out d’importants sites comme Minecraft, un site de jeu en ligne, et de Wikipedia. Ces sites, dont l’audience est importante all around the world, et également aux USA, ont participé à une démonstration de force depuis mercredi. 50.000 blogs ont relayé le message, la pétition en ligne a recueilli plus de quatre millions de signatures, et Marck Zuckerberg, le fondateur de Facebook explique sur sa page Facebook, information indiquée par le Nouvel Observateur, son opposition à ces lois. Le 20 janvier, en soirée, plus de 500.000 personnes exprimaient leur consentement à cette prise de position, plutôt rare pour une personne de la dimension de Zuckerberg plutôt enclin à une forme de consensualité et de neutro-politique.

Al « Megaupload » Capone

Dans le même temps, le FBI, sorte de service secret de l’intérieur aux USA, arrêtait les fondateurs du site megaupload, site célèbre dans la communauté des téléchargeurs (dont les serveurs étaient en partie à Hong-Kong). Par ricochet, un ensemble important de sites utilisant les services de cet hébergeur de vidéos, indiquait cesser leurs activités de fournitures de liens de téléchargement.


Il serait injuste de qualifier ce combat, cette bataille de guerre entre les pro et les anti-internet. Le sujet est plus complexe que cela. C’est d’abord une histoire d’argent. Qui fera le profit de demain : les producteurs de contenu (en l’occurence les studios de films, séries, ou jeux vidéos) ou bien les agrégateurs de ces contenus (Google, Facebook, les sites proposant des téléchargements).

L’enjeu financier peut s’accoupler à un enjeu sociétal d’importance. Notre société se trouve à un tournant sans qu’une solution adéquate ne soit proposée et ne satisfasse l’ensemble des intervenants.

Une société moderne peut-elle s’affranchir de rémunérer les plus créatifs de ses membres ? Difficile de répondre non. Et c’est là l’argument principal des partisans des lois SOPA et Popi, comme c’était le cas en France pour l’Hadopi. Pour autant, est-ce que les solutions proposées, le paiement à l’acte et systématique, est-il en phase non seulement avec les attentes des consommateurs, par définition toujours demandeurs de plus tout en payant moins, mais aussi avec des habitudes de consommations bien ancrées et des dispositifs technologiques permettant de s’affranchir du paiement des droits.

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Les questions posées sont révolutionnaires. Lire ici un point de vue intéressant sur le site de France 24. On sent une véritable opposition entre les partisans d’une société à l’ancienne, la chaîne de production est rémunérée selon son efficacité sur le marché, face à une société moderne, où la mise à disposition des contenus va de soi, qu’ils aient été ou non rémunérées à leur juste valeur. Et d’ailleurs qui apporte cette valeur en définitive : est-ce l’artiste (le créateur) de départ, les personnes  qui permettent l’émergence de sa créativité, ceux qui lui assurent des découchés potentiels, enfin ceux qui promeuvent son oeuvre et assurent des revenus décents à celle-ci ? Quelle part de ces oeuvres revient à l’universalité qui permet cette création (quel artiste peut se dédouaner de toute empreint, ne serait-ce que par l’inspiration, de choses communes comme l’environnement ou les oeuvres passées).

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A ces questions fondamentales qui posent une société, s’ajoutent des interrogations sur les finalités poursuivies par les uns et les autres.

Un enjeu de société

Face au développement d’internet, et l’usage qu’en font les internautes, pour consommer, mais aussi pour buzzer, critiquer ou s’indigner, comme drogués par les possibilités qui leur sont données, les lignes de frontières physiques paraissent bien minces. Faute de pouvoir réguler par la moralité les usages, les gouvernements peuvent être tentés de surveiller à l’extrême ces menaces potentielles pour la reproduction des sociétés (qui est leur but essentiel). Le hiatus réside bien en ce point : l’opposition entre deux principes de droit qui se trouvent ici contradictoires : entre la liberté d’agir, de s’exprimer, et la liberté de créer.

La forme de créativité qui s’annonce semble encore plus protéiforme que durant les périodes précédentes. D’une source considérée comme individuelle, Léonard de Vinci peignant la Joconde (mais quelle est la part attribuable au modèle dans l’oeuvre du peintre ?), on passe à une forme plus collective du processus de création de valeur.


La bataille de lobbying qui s’annonce est extrêmement intéressante à observer parce qu’elle pose des questions quasi-universelles.

La motion picture american association (mpaa), le lobby de l’industrie cinématographique, souhaite lancer une importante campagne de communication sur le sujet. Il semble néanmoins que les Anonymous, lui aient damé le pion en mettant son site internet hors-jeu (du moins au 20 janvier 2012. 23h49, heure à laquelle j’écris ces lignes).

Stolen Jobs from Creative America on Vimeo.

Elle dispose néanmoins de moyens financiers gigantesques (preuve que cette industrie continue à gagner de l’argent). Selon Numérama : “L’industrie du divertissement n’en démordra pas. Elle veut voir entrer en vigueur les lois SOPA et PIPA, sous une forme ou sous une autre. Et elle est prête à investir des sommes folles pour y parvenir. Selon les informations compilées par le centre pour une politique réactive (Center for Responsive Politics), une ONG non partisane citée par Politico, plus de 91 millions de dollars ont été dépensés en lobbying en 2011.

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C’est toutefois nettement moins que les 185 millions de dollars dépensés en 2010 par l’industrie du divertissement pour défendre ses intérêts à Washington. Le lobby du numérique a, en comparaison, mobilisé « à peine » 15 millions de dollars en 2010 et 15 autres en 2011”.

15 millions de dollars seulement, mais des millions d’activistes.

Mikaël Cabon