Les instituts Confucius, outil du soft-power chinois

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Par la puissance qu’elle dégage, la Chine effraie. En particulier les pays occidentaux auxquels la (re)montée en puissance de la Chine risque de grignoter une part de l’influence qu’ils possèdent sur les affaires internationales. Qu’il est difficile de partager le pouvoir global. Par ailleurs, la nature chinoise fait que l’opinion que le monde peut avoir à son égard lui importe beaucoup plus qu’elle ne l’avoue et que le rapport de force, symbolique, reste une manière de gérer ses relations, y compris, avec d’autres puissances.

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Pour accompagner cette expansion, et s’assurer si ce n’est d’une amicalité, en tout cas d’une bienveillance, la Chine a mis en place depuis plusieurs années une stratégie d’influence à base de soft power (une émission de France Culture, Soft Power, revient chaque semaine sur les stratégies dans ce domaine). Ce terme anglo-saxon définit l’ensemble des actions pacifiques mises en place par un pays pour assurer son influence sur la scène internationale. Pour la Chine, le soft-power prend la forme des instituts Confucius (et également de chaînes linguistiques à partir de CCTV) et d’une agence de presse, Xinhua mais aussi de toute une stratégie basée sur les victoires sportives).

« [Le Soft power est] la capacité d’un acteur politique à influencer indirectement le comportement d’un autre acteur ou la définition par cet autre acteur de ses propres intérêts, à travers des moyens non coercitifs (structurels, culturels ou idéologiques) ».

Joseph Nye, Bound to Lead, 1990

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300 centres dans le monde

Sous l’égide du Hanban, l’équivalent de l’Alliance Française, ce pays essaime des centres à travers le monde pour faciliter les échanges culturels et économiques dans près de 100 pays par l’intermédiaire de plus de 300 centres. La France fait partie des pays où l’on trouve le plus d’instituts Confucius. Généralement situés au sein d’universités partenaires, les instituts Confucius proposent des cours de chinois, de calligraphie, des manifestations culturelles autour de la Chine. Avec un certain succès. Le nombre de personnes apprenant le Chinois à travers le monde est en considérable expansion ces dernières années. Ce qui est le fruit à la fois de la place que prend la Chine dans l’économie mondiale et des efforts de la République chinoise pour asseoir son influence.

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Il ne faut pas voir dans les instituts Confucius le signe d’une volonté hégémonique de la Chine. Et ce pour plusieurs raisons.

Primo, nous avons beaucoup à apprendre de ce pays millénaire dont Charles De Gaulle disait “qu’il est plus vieux que l’histoire”. La Chine est multiple et beaucoup plus complexe que le discours simpliste que l’on entend aujourd’hui sur la menace qu’elle représente.

Deuzio, l’arrivée de ce “concurrent” doit pousser, en France, l’Alliance Française et les services diplomatiques à revoir leur stratégie internationale. Alors que la crise budgétaire invite à des coupes drastiques dans les budgets de la diplomatie culturelle, une stratégie basée sur le long-terme commande d’y accorder une plus large place. Ce ne sont pas des dépenses mais des investissements.

Tertio, les Chinois qui viennent enseigner leur langue dans leur pays d’accueil sont eux-aussi soumis à l’influence des gens qu’ils rencontrent. Difficile pour eux d’échapper à une réflexion sur la nature de leur régime politique, sur le rapport à la liberté… alors qu’ils passent plusieurs années loin de leur pays.

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Il est largement préférable que la Chine utiliser le soft-power des Instituts Confucius, et la force de sa diaspora, pour nouer des relations avec l’étranger, plutôt que le hot-power issu d’une militarisation croissante en Asie du sud-Est. Rien ne dit cependant qu’elle ne cherche pas à concilier les deux pour s’assurer d’une influence que son poids économique et démographique lui donne de droit.

 

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