Crise économique. Le lobby bancaire en position d’accusé

Dans une tribune publiée sur le site slate.fr, Jacques Attali fustige le lobby bancaire coupable selon lui de « recommencer à développer des produits spéculatifs, avec lesquelles elles comptent refaire les mêmes profits que par le passé, sans que personne ne vienne même, cette fois, leur opposer des réglementations ».

Une solution, la nationalisation ?

Et de continuer ainsi, lui qui est aussi banquier au sein de son établissement de micro-crédit, Planet Finance : « Ces lobbys sont si puissants qu’on n’en sortira que par une révolution politique. Elle devrait conduire,  au moins, à interdire aux responsables publics du secteur financier de travailler ensuite dans les établissements qu’ils contrôlent. Et au plus, à nationaliser ce secteur ». Woutch. Le mot est lancé, nationalisation.

Un avis que partage l’économiste Frédéric Lordon.

et même Christine Lagarde, la ministre des Finances, qui indique avoir « nationalisé » Dexia. Ce qui est vrai d’ailleurs. Cela lui avait valu dans le Daily Show, les ovations du public.

Déjà en août dernier, l’hebdomadaire Courrier International indiquait dans cet article que « patience et longueur de temps valait plus que force et courage en la matière », tant il faudrait attendre avant de voir poindre les premières mesures d’auto-régulation. Et l’Express en début d’année titrait « Pourquoi les banquiers sont nuls ».

With or without credit

Et force est de constater que rien ne semble bouger dans la planète finance depuis le début de la crise économique à l’été 2008. Et ce n’est pas la reprise du versement des primes aux banquiers les plus méritants, comme chez Goldman Sachs, qui viendra changer l’avis de l’opinion publique sur le capitalisme financier ni les soupçons sur leur niveau d’engagement dans des placements toxiques. Les banques centrales ont beau baisser leurs taux directeurs, les établissements bancaires ne relancent pas la pompe du crédit. Or la planète, du côté occidental, est droguée au crédit. Sans lui la croissance ne peut être qu’atone. Avec lui, les risques de déviance sont multipliés. Cela ressemble un peu à la chanson de U2, with or without you.

D’autant que les banques ne sont pas au bout de leurs peines. Elles seront confrontées d’ici trois ans au pic de leurs créances LBO. La LBO permet à des investisseurs de racheter des entreprises en empruntant la somme nécessaire pour le rachat. Cet article de la Tribune nous indique que le pic des échéances est prévue pour 2010 avec 120 milliards d’euros à rembourser de la part des fonds. Or, si le contexte économique ne s’améliore pas fortement d’ici là, ces entreprises n’auront pas dégagé suffisamment de profits ou pas pris assez de valeur pour permettre le remboursement de ces prêts. Les fonds vendront alors à leurs créanciers leurs actifs. Des créanciers qui sont des banques qui se retrouveront alors dans l’obligation de retrouver elles-mêmes de nouveaux repreneurs voire de prendre la direction de ces entreprises. Un sacré pataquès en perspective.

Le crédit près de chez vous

Sauvées par les fonds publics, bien ou mal utilisés, les établissements bancaires de par leur incurie sont en grande partie responsables de la crise financière puis économique que nous connaissons. Délaissant leur sempiternelle prudence, elles ont joué aux apprentis sorciers se mêlant à une course à la spéculation dont on voit aujourd’hui qu’elle était sans issue.

Reste que le lobby bancaire partage cette responsabilité avec les responsables politiques qui n’ont pas su imposer des réglementations strictes et transparentes, et avec les particuliers épargnants dont certains aveuglés par les rendements proposés.

Les banques freinent des quatre fers face à tout ce qui pourrait entraver leur marge de manœuvre. Elles sont d’ailleurs coutumières du fait. L’UFC Que choisir dénonçait, en 2003, la charte visant à renforcer les droits des consommateurs : « Elle pérennise les pratiques opaques et douteuses, voire illégales, qui permettent aux banques de ponctionner plusieurs centaines de millions d’euros chaque année… désormais avec l’aval du gouvernement ». De fait, 4% de consommateurs changent de banque chaque année, devenant ainsi des clients captifs. De la même façon, l’extension de la possibilité d’ouverture des livrets A depuis le 1er janvier dans toutes les banques a répondu à une demande expresse de la fédération française des banques (FBF) qui n’est pas la dernière à empêcher la Poste à devenir une banque à part entière. Ou encore sur la convention AREAS, sur l’accès au crédit pour les personnes malades.

Enfin sur le crédit renouvelable, le crédit revolving, ces réserves de crédit mises à disposition des consommateurs.

Renouveler le crédit renouvelable

L’association française des sociétés financières (ASF) s’est ainsi mobilisée contre une proposition du sénateur Philippe Marini visant à interdire (entre autres car la proposition de loi est plus large) le couplage d’une réserve de crédit aux cartes bancaires proposées par la grande distribution comme le soulignait le mensuel 60 millions de consommateurs dans cet article. Ces produits sont particulièrement rentables pour les sociétés financières. Malgré les propositions un temps retenues par Christine Lagarde, il semble que ce dossier soit englué dans les méandres des décisions politiques.

A noter que l’ASF regroupe des acteurs pesant pour 260 milliards d’euros d’encours de crédit. On y retrouve les banques des distributeurs mais aussi les organismes de crédit des constructeurs automobiles et également des acteurs du monde agricole comme Sofiproteol et Unigrains.

Cadeau bonus 1. Publicités

Les banques mettent en place des stratégies publicitaires particulièrement efficaces et souvent bien faites.Comme celle-ci

http://www.dailymotion.com/video/x5kk9i_pub-cic-tout-se-joue-au-demarrage_fun

Elles laissent aussi la possibilité de détournement de leurs clips, comme ici.


Cadeau bonus 2. Loulou et Chouchou à la banque

http://www.youtube.com/watch?v=rirWIP8OaEQ&hl=fr

Illustration d’entrée de cet article :Lilo-Oto

Commentaires

  1. corto74 dit :

    Super blog tant ds le fond que ds la forme que je découvre aujourd’hui.
    A suivre…
    Cordialement,

  2. admin dit :

    Merci Corto74. A bientôt

  3. […] US liées aux sub-primes qui ont entraîné dans leur foulée l’ensemble de la planète dans une crise financière d’abord, économique ensuite, aigue. L’histoire avait été précédée par l’affaire Kerviel, cinq […]

  4. […] US liées aux sub-primes qui ont entraîné dans leur foulée l’ensemble de la planète dans une crise financière d’abord, économique ensuite, aigue. L’histoire avait été précédée par l’affaire Kerviel, cinq […]

  5. […] Cela ne saurait pas expliquer le pouvoir politique dont les établissements financiers disposent. Dans le monde feutré de la finance, tout est question de confiance en apparence. Pour satisfaire à cette exigence, celles-ci ont tendance à recruter des personnes issues d’un même sérail. En même temps qu’ils sont recrutés, les dirigeants des banques amènent avec eux leur proximité avec le pouvoir politique et leurs différents réseaux. […]