Banques. Pourquoi rien ne change

La période du début d’année est la période traditionnelle de l’annonce des premiers résultats financiers des établissements bancaires et par là-même de l’établissement des premiers comptes-rendus sur les bonus attribués aux cadres des banques. Les premiers accusés ici sont les traders dont le rôle consiste à spéculer à la hausse ou à la baisse, à vendre et à acheter de manière compulsive sur les marchés poussés en cela par un potentiel de gains pour eux-mêmes comme pour leur employer considérable. Cela fait bien longtemps d’ailleurs que les meilleurs traders des banques gagnent plus d’argent que leur propre P-DG.

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Rares étaient les personnes à s’intéresser à ce si petit monde jusqu’aux faillites bancaires US liées aux sub-primes qui ont entraîné dans leur foulée l’ensemble de la planète dans une crise financière d’abord, économique ensuite, aigue. L’histoire avait été précédée par l’affaire Kerviel, cinq milliards de pertes pour la Société générale, où déjà nous aurions dû nous apercevoir que quelque chose n’allait pas dans le monde de la finance moderne pour qu’une personne puisse disposer de 50 milliards d’autorisations d’achats sur les marchés soit avec les zéros : 50.000.000.000.

Comme on le sait, il est souvent besoin de crise majeure pour entraîner des réactions et des actions. On le voit aujourd’hui à Haïti où les nations occidentales vont se précipiter alors que la situation catastrophique de cette île est connue de tous depuis longtemps. C’est ce qui manque, paradoxalement, au changement climatique une catastrophe très symbolique pour forcer à la réaction.

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On s’attendait donc à des changements majeurs sur l’organisation des marchés financiers pour éviter les errements du passé. Réunis au sein du G20, les Etats qui se sont précipité pour éviter la faillite du système bancaire et ses effets en cascade préconisaient les mesures suivantes à l’été 2008 : sanctions contre les paradis fiscaux, limitation des salaires, obligations de fonds propres plus élevés…. L’Expansion revient sur ces engagements et montrent à quel point, nous sommes encore loin aujourd’hui de leur réalisation.

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Un si petit monde

Peu ont été suivis d’effets. La France, par la voix de sa ministre des Finances, vient d’annoncer une taxe sur les revenus des traders qui pourraient rapporter 360 millions d’euros à l’année. A condition que l’on s’accorde sur la définition d’un trader, ce qui n’est pas fait. Ainsi, les bonus versés seront lissés sur plusieurs années. A part cela, presque rien. Si bien qu’une nouvelle crise peut recommencer demain, avec les mêmes excès et les mêmes conséquences. Pourquoi cette inaction ?

  1. L’activité bancaire dans une économie libérale est plus que nécessaire. Elle est consubstantielle. Derrière ce mot abscons, il y va de la nature même de notre système économique. Les banques rassurent, prêtent, financent, placent… Elles sont un nœud essentiel de nos sociétés.  Sans banques, aucun développement n’est possible. Problème, avec les banques, certains développements ne sont pas possibles non plus.
  2. De par leur poids considérable dans l’activité économique, les banquiers constituent une caste à part. Ils sont su répéter à l’envi tous les risques qui existaient pour les gouvernements à changer radicalement les règles du jeu.
  3. Les rapports entre pouvoir politique et bancaire tiennent parfois de la consanguinité. Qu’on en juge. Prenons les sept premières banques françaises ou groupes bancaires par leur capitalisation, leur part de marché, leur résultat, leur puissance, à savoir le Crédit Agricole, la Société Générale, BNP Paribas, Caisse d’Epargne-Banques populaires, le Crédit Mutuel-CIC et la Poste. Si on comprend aisément que la dernière, qui va devenir une société de droit privé d’ici peu, soit contrôlée par l’Etat en terme de management, les six autres n’ont pas à rougir de leurs liens au plus haut niveau avec l’Etat. Si le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel échappent un peu à cette remarque, du fait de leur histoire issue du mouvement coopératif, les autres ensembles sont en lien direct avec l’Etat. Ainsi, le président du groupe Caisse d’Epargne-Banques populaires n’est autre que, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, chargé des relations avec le monde des banques. A la BNP-Paribas, Michel Pébereau, ancien commis de l’Etat, est à la manœuvre son directeur général, Baudoin Prot. Ce dernier, énarque et inspecteur des finances, a débuté sa carrière dans l’administration. Issu de la promotion Guernica (1976) de l’ENA, il a ainsi rusé ses pantalons sur les bancs de l’ENA avec : Christian Noyer, actuel gouverneur de la banque de France, Jean-Charles Naouri, président du groupe Casino, qui dispose lui aussi d’un établissement bancaire, Bernard Stirn, membre du Conseil d’Etat, en charge des affaires de contentieux, Yves Thibault de Silguy, président du groupe Vinci, ou encore de Serge Weinberg, l’un des conseillers de François Pinault, et président d’une société de capital-risque. Et ici, on ne parle que de Baudoin Prot et que de la promotion 1976.
  4. « On ne choisit pas sa famille, les trottoirs de Paris, de Manille ou d’Alger pour apprendre à marcher ». On ne peut reprocher à personne d’avoir noué des contacts avec ses « camarades » étudiants au temps de sa prime jeunesse. Néanmoins, les liens anciens, enchevêtrés, pareils à une toile d’araignée, doivent pousser à une certaine vigilance quant à la nature et l’objectif de leurs relations. Quid des conflits d’intérêts entre l’ensemble de ses individus ? Qui contrôle cette nature ? Qui contrôle les contrôleurs ? A vrai dire pas grand monde. La COB semble dépassé par les événements et les affaires se gèrent directement auprès du pouvoir politique qui de temps à autre, à l’approche du journal de 20 heures montre qu’il n’est pas content de la situation.
  5. La situation pour les banquiers est devenue plus stable. En France, les banques ont remboursé l’Etat et les intérêts dûs. Aux Etats-Unis, les banques redistribuent des bonus importants « pour éviter de perdre les traders de grand talent »… Bref, les banques ont moins besoin des Etats et sont donc prêtes à de moins grandes concessions à l’égard de ses exigences. La taxation envisagée à hauteur de 177 milliards de dollars, prévus par les Etats-Unis d’Amérique, montant lissé sur plusieurs années, ne fait pas particulièrement peur à un secteur qui est très lucratif et dont une partie des profits échappent aux impôts nationaux en passant par des paradis fiscaux. Sur la petite île du Pacifique, Nauru, on peut créer sa banque pour 20.000 euros. 400 établissements bancaires s’y trouvent dont des filiales de nombreuses banques occidentales, vraisemblablement intéressées par la misère financière des 12.000 habitants de l’île.
  6. Le lobbying des banques est un mode d’action particulièrement bien rodé en raison de l’enchevêtrement des liens avec le pouvoir politique et aussi la capacité à influencer l’opinion publique. Dernièrement, le quotidien les Echos publie (voir l’illustration ci-dessous) le montant des rémunérations des principaux dirigeants bancaires français. L’affaire n’est pas du goût de l’un d’entre eux qui décide alors de supprimer les abonnements et les publicités de son groupe dans le quotidien économique. Résultat : 1.200 abonnements résiliés et quelques millions d’euros de publicités financières en moins pour une presse déjà décimée. On comprendra qu’à l’avenir, les investigations se fassent moins moralisatrices. RémuBanquesEchosjpg 300x213 Banques. Pourquoi rien ne change
  7. La FBF, l’association des banques françaises, rappelle dans un communiqué tout le bien que l’on doit penser d’elle : « Alors que les banques françaises ont, dans l’ensemble, bien traversé la crise et que le plan bancaire français, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays, n’a rien coûté au contribuable, mais a, au contraire, rapporté plus de 2 milliards au budget, l’accumulation de mesures de taxation risque de peser sur leur capacité à financer l’économie, ainsi que sur leur compétitivité et celle de la Place de Paris. » Sur la transparence des frais, sur les prêts pourris attribués aux collectivités locales,  sur les possibilités de changer facilement d’établissements bancaires, conventions selon la santé des individus… les actions du lobby des banques ont été conservatrices. 0 Banques. Pourquoi rien ne change Elles peuvent également être financières. Le Center For Responsive Politics estime à plus de deux milliards de dollars sur 10 ans le montant des actions de lobbying engagées aux USA par les établissements financiers.

Cette crise du capitalisme financier, du capitalisme carnassier, a des conséquences sur l’image des banques. Celle-ci a dégringolé dans les études qui sont réalisées sur la question. Après cette question de l’image vient la question de la réaction des consommateurs, des clients. Ceux-ci ne sont pas exempts de tout reproche. En privilégiant les placements lucratifs, rémunérés au-delà de la raison, ils ont contribué à la création de cette bulle spéculative. Enfin, les consommateurs pris individuellement sont par définition en état de faiblesse pour faire changer les stratégies de leurs propres banques. Quelle sont maintenant leurs possibilités d’action ?

« Bouge ton argent »

L’une des initiatives les plus originales nous provient des Etats-Unis. La fondatrice de l’Huffington post, nous raconte Rue89, reçoit des amis à dîner. Parmi les sujets de conversation, les profits des banques. Les invités réfléchissent à la situation et en viennent à l’idée que le pouvoir des consommateurs réside dans leurs économies. Ils décident alors d’agir en incitant les épargnants américains à retirer leurs économies des banques nationales pour les placer dans des établissements éthiques, coopératifs ou régionaux. Le résultat ? Un site dédié, moveyourmoney.org, et plusieurs milliers de personnes qui ont déjà emprunté les chemins de traverse.

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Qu’en sera-t-il en France ? Nul ne le sait encore. Certains déversent du fumier devant les banques.

Quelques uns balancent sur le web.

D’autres s’insurgent dans le confort de leur salon ou à la lecture de leurs journaux. Rien ne sera plus comme avant, mais sera-ce différent pour autant ?

Rions un peu.

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Commentaires

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  3. […] La formidable croissance entretenue en Europe par la reconstruction de ce continent après la Seconde Guerre mondiale, les vagues d’immigration, le progrès technologique et le boom démographique, non grevé par le poids, légitime mais considérable, des régimes sociaux, notamment d’assurance-retraite, a amené l’avènement des banques. Celles-ci en effet, on le sait, octroient les crédits aux particuliers, aux entreprises et aux Etats. Dans une société mondialisée et basant son expansion sur une croissance soutenue de la consommation, les banques jouent le rôle majeur de prêteurs. Pour gagner des parts de marché, en dehors de leur territoire d’origine, elles se sont constituées en conglomérats puissants, multipliant les interventions croisées, démultipliant leur champ d’application initial pour se porter à la conquête du monde. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que la BNP ne mentionne plus la signification de son acronyme, Banque Nationale de Paris, le Crédit Lyonnais, originaire, comme son nom l’indique, de Lyon, s’est rebaptisé en LCL. En Bretagne, le Crédit Mutuel de Bretagne, se présente, désormais, avec d’autres fédérations, sous l’enseigne Arkea. Bref, le nom des banques témoigne de leurs ambitions. Et celles-ci ne sont plus locales. La crise de la titrisation intervenue aux USA, contaminant par la suite le monde entier, illustre cet enchevêtrement des responsabilités. Les banques sont devenues énormes par leur poids économique et financier. Impossible alors pour les Etats de les laisser tomber, comme les lois économiques l’imposent, au risque de créer un effet dominos dont les conséquences réelles seraient largement plus dévastatrices que le gain moral. De fait, elles disposent d’un pouvoir qu’elles utilisent selon leurs intérêts. […]