Livre. Le lobby breton, de Clarisse Lucas


C’est un livre dont on parle beaucoup en ce moment en Bretagne. Son titre ? Le lobby breton, écrit par la journaliste Clarisse Lucas, bretonne de naissance et en poste au bureau AFP de Rennes. Le lecteur désireux d’en savoir plus peut écouter l’interview audio de l’auteure en bas de cette page et acheter le livre en librairies à partir du jeudi 16 juin.

Au fil des 332 pages du livre, Clarisse Lucas décrit la myriade de réseaux culturels, économiques, politiques dont l’enchevêtrement donne l’impression d’une toile au service d’une cause, celle de la Bretagne. L’ouvrage débute sur une scène emblématique du renouveau breton : celle d’un stade de France envahi par des milliers de drapeaux bretons, lors d’une finale de la Coupe de France de football opposant le Stade Rennais et l’En Avant de Guingamp. Clarisse Lucas explique comment le Conseil régional de Bretagne fait distribuer ces petits drapeaux, de manière stratégique, pour assurer la communication autour de cet événement, c’est là une forme d’outside lobbying qui s’apparente à la communication, mais comment déjà pointent aussi les difficultés : l’obstacle fait à ce qu’Alan Stivell chante l’hymne breton (ce qu’il pourra faire mais à condition que cela ne soit pas retransmis à la télévision) et la difficile exploitation de ce succès d’image par la suite.


Car la Bretagne n’est pas sans rencontrer un certain nombre de difficultés : celle de l’impasse actuelle dans laquelle est actuellement sa réunification (cf l’interview de Jacques Lescoat sur cette question), son enclavement géographique que peine à résoudre le projet de Bretagne Grande Vitesse, la désunion aussi des « clans bretons » qui à la manière des tribus armoricaines pensent, souvent, à leur pré-carré plutôt qu’à penser la Bretagne de demain et préparer son avenir. Le livre parle peu de ces difficultés et se concentre sur le décryptage des réseaux qui font la Bretagne avec en point de communion des personnes interrogées par l’auteure cet amour, parfois indicible, de leur région, sans pour autant tomber, à de très rares exceptions, non présentes dans le livre, dans un régionalisme exacerbé qui oublierait l’ouverture sur le monde comme une vertu cardinale.

Des réseaux de la diaspora à travers le monde à ceux de Paris, dans la défense par exemple, en passant par les cercles économiques présents dans la région, le livre décrit avec un style accrocheur et très lisible la Bretagne d’aujourd’hui, et surtout ceux qui la font, pourquoi, et comment. Pour tout dire, le livre à une vitesse supérieure que celle du train qui mène de Rennes à Brest. Ce qui en relisant cette phrase n’exprime peut-être pas l’intérêt que le lecteur trouvera à cette plongée dans l’enchevêtrement de ceux qui dont la Bretagne d’aujourd’hui, à défaut d’imaginer celle de demain.


L’enquête de Clarisse Lucas est promise à un succès important, le premier tirage porte sur 8.000 exemplaires, suite à une campagne-presse jamais vue, je crois, pour un livre sur la Bretagne, avec notamment les bonnes feuilles (des extraits sélectionnés du livre) publiées dans l’édition de ce week-end du Figaro Magazine. Elle méritera éventuellement des compléments. Peut-être sur des sujets qui fâchent plus : la discipline de partis des élus bretons plutôt que leur sentiment d’appartenance à une région pour dépasser des clivages nationaux, du reste bien minimes, les échecs du lobbying breton sur la question des langues régionales par exemple, ou du droit à l’expérimentation, ou encore sur les artifices commerciaux de l’exploitation de l’image de la Bretagne (Que l’on se comprenne bien ici, il ne s’agit pas pour moi de critiquer l’utilisation de la marque « Bretagne » en tant que telle, le business n’est pas sale, mais parfois de l’absence de contreparties éthiques à cet avantage de l’ethno-marketing).

A côté de celle kyrielle de relais prêts à agir, « il manque un fédérateur à cet ensemble plein d’énergies », dit Clarisse Lucas dans l’interview enregistrée que vous pouvez écouter ci-dessous. Que l’auditeur excuse par avance les éventuelles imperfections de cette interview audio.

Mikaël Cabon

Lobbybreton.Itw Clarisse Lucas

 

Le lobby Breton, de Clarisse Lucas. Nouveau monde éditions, dans la collection « Les enquêteurs associés », dirigée par Roger Faligot (qui vient de sortir un roman sur Pierre Malherbe) et Rémi Kauffer. 21 euros.

 

Commentaires

  1. Alex dit :

    Bonjour,
    Je me suis empressé d’acquérir ce livre et la déception fut dès la première page. Se tromper d’entrée sur la date de la finale de coupe de France (ce n’est pas le 2 mai mais le 9 mai!) me laisse perplexe et plus que méfiant sur la suite de l’enquête proposée…

  2. […] Cette association est montée en décembre dernier. Elle rassemble six PME du monde photovoltaïque en Bretagne et fait suite aux annonces gouvernementales sur le moratoire. On lira ici le dossier de presse […]

  3. Ceri dit :

    Les Bretons ne sont plus des nationalistes depuis longtemps, ce qui ne les empêche pas d’être fiers de leur région, pays, appelez ca comme vous voulez, et de vouloir la défendre.
    Les Bretons sont surtout des expatriés, on en croise des dizaines à Lille, à Bruxelles, des centaines à Paris, et toujours ils se disent d’abord bretons.
    Le réseau, c’est d’abord cette appartenance à un pays, à une histoire, à un combat.

    Une Bretagne piétinée culturellement et historiquement par la France ne nous va pas à nous, Bretons. Pour autant, on est nombreux à avoir du quitter cette région, par manque de débouchés professionnels variés et pointus. Et malgré la qualité des universités et de l’enseignement en général en Bretagne.

    La Bretagne fait encore peur à la France, c’est à se plier de rire. dès qu’on veut parler notre langue, ou notre culture, qu’on veut préserver notre littoral ou qu’on refuse de payer les autoroutes payées par nos impôts, on se fait traiter de nationalistes.

    Français, arrêter la psychose, n’importe qui peut être Breton, il suffit de s’y sentir bien et d’apprécier notre culture!

  4. simon dit :

    Bonjour,

    pour faire écho à la remarque d’ALex,je dois dire que je n’ai pas lu le livre mais j’ai pu parcourir le chapitre sur la diaspora. Qu’elle a été ma surprise d’y trouver des citations qui me sont attribuées, alors même que je ne me suis jamais entretenu avec l’auteure.

    Il s’avère que ces citations sont reprises d’un article, disponibles en ligne, mais à aucun moment celui-ci, ni aucun des mes travaux, ne sont référencés.

    Cela laisse présumer du sérieux de la démarche …

    En écho à Ceri, je suis plutôt d’accord sur le constat, mais qu’attend on pour passer à l’action ?

    a galon.