National Rifle Association (NRA). L’arme à droite

Charlton Heston a connu une grande carrière cinématographique avec Ben Hur et les Dix commandements, des péplums qui connurent leur heure de gloire dans les années 50/60. Mais son dernier grand rôle fût la présidence de la National Rifle Association entre 1998 et 2003. Pendant cinq ans, Charlton Heston va passer le clair de son temps à défendre les intérêts des détenteurs d’armes et leur droit à disposer de leur propre arme, comme on peut le voir ci-dessous à l’occasion de la campagne présidentielle américaine de 2000 vouant aux gémonies Al Gore.

Dis-moi comme tu tires, je te dirais qui tu-es

La NRA s’appuie sur le deuxième amendement de la Constitution américaine pour justifier sa position : « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». De fait, tout à chacun peut, aux Etats-Unis, posséder une ou plusieurs armes, et les marchands d’armes ne connaissent pas la crise. Ulysse Grant, ancien président des Etats-Unis, dont on dit qu’il fût, involontairement le créateur du mot lobby, en fut l’un des présidents actifs en son temps.

L’association regroupe quatre millions de membres aux Etats-Unis (soit 3% de l’électorat américain) et sait peser de tout son poids dans le débat législatif américain. Via sa structure de lobbying, la NRA-ILA, elle s’attache ces jours-ci à faire voter une loi permettant aux titulaires du permis de port d’arme de la transporter avec eux en dehors de leur état de résidence, à l’occasion de leurs déplacements par exemple. (Maj) Elle a finalement échoué de peu dans sa tentative par 58 voix pour (il en fallait 61) et 39 voix contre. En outre, elle repose son argumentations sur un propos péremptoire, difficilement désarçonnable : la liberté individuelle, le droit à se défendre (« imaginez qu’un cambrioleur entre chez vous… ») et le bon sens, « celui qui n’a rien à se reprocher, n’a rien à craindre des honnêtes gens ». Regardez.

200 millions d’armes à feu en circulation

Vu de France, le débat peut paraître surréaliste. La législation sur les armes en France est très restrictive, tout comme dans la plupart des pays européens, où la fonction policière est traditionnellement dévolue à l’Etat et où les chefs de la police sont nommés par l’administration et non pas élus par leurs concitoyens. Dans notre pays, les armuriers complètent leur gamme avec les cannes à pêche et les couteaux pour pouvoir vivre de leur activité.

La situation est inverse aux Etats-Unis. Le pays compte 200 millions d’armes à feu en circulation. Et les lois, qui peuvent différer selon les Etats, deviennent elles-aussi de plus en plus strictes (cf la loi Brady sur la recherche de l’identité de l’acheteur et le contrôle de ses antécédents judiciaires) sous la pression de l’opinion publique sensible aux massacres de masse perpétrés de temps à autre dans les lycées américains ou dans les stations-services.

Près de 30.000 morts par an

A l’opposé de la NRA, le mouvement Hand gun Control vise au contraire à restreindre les possibilités de posséder une arme et s’oppose à toute tentative de dérégulation en ce sens. Sur son site internet, il propose une carte interactive du pays montrant les principaux endroits où sont morts des individus à cause des armes à feu depuis 1997. Le mouvement estime à 81 morts par jour le nombre de personnes tuées par arme à feu aux Etats-Unis, sans compter les blessés. Ce qui 29.500 morts par an. Soit l’équivalent des morts sur la route aux Etats-Unis chaque année. Ramené en proportion de la population française, cela représenterait 6.000 morts, une petite demi-canicule.

Des chiffres bilingues

Cela n’est pas l’avis de tout le monde comme le note ici Yvon Dionne qui estime que la surmortalité par arme à feu aux Etats-Unis est surestimée et que les homicides proviennent pour une grande part d’armes non-enregistrées auprès des services étatiques (et sur laquelle donc une législation plus draconienne ne pourrait rien). Yvon Dionne propose également, non sans humour, d’interdire les cordes et les couteaux. Un argument classique chez les pro-armes que de mélanger les torchons et les serviettes mais qui lui fait oublier également les machines à laver, les piscines… Comme souvent avec les chiffres, leur interprétation est plus difficile qu’il n’y paraît.

D’aucuns, comme les auteurs de Freakonomics de Dubner et Levitt, suggèrent que la baisse de la délinquance, et des homicides par armes à feu, seraient la conséquence de l’arrêt Roe vs Wade, légalisant l’avortement en 1973 qui aurait entraîné une diminution des naissances chez les personnes les moins favorisées et donc une vingtaine d’années plus tard, la baisse de la criminalité. Pas très politiquement correct mais peut-être pas faux. D’autant que l’on constate selon l’origine des meurtriers des différences notables.

Si on veut aller plus loin sur cette question, on consultera le rapport du FBI sur les homicides aux Etats-Unis ou cette étude sur le site Guncite.com.

Mikaël Cabon

Cadeau bonus. Le réalisateur Michaël Moore a fait de son documentaire Bowling for Columbine un véritable réquisitoire contre les armes à feu. En voici un extrait.

http://www.youtube.com/watch?v=hxbRm2dS1F8

Maj. 23/07/2009

Commentaires

  1. […] lobby pro-armes à feu, la National Rifle Association, est l’un des lobbies les plus puissants des Etats-Unis. Après avoir évité toute communication sur les réseaux sociaux après le massacre d’enfants […]